Ce matin comme tout le monde j’ai honte.

De l’autre côté, je suis fier que cette vision du québécois sympathique et accueillant fasse partie de notre culture; que ces valeurs de tolérance et d’acceptation soient au centre de notre identité. Massivement, des grandes vagues d’amour s’organisent, je vous invite tous à rejoindre la Vigile qui aura lieu ce soir, vous trouverez le lien vers l’événement de Québec à la fin de cet article. Je crois que le désarroi est unanime et c’est ce qu’il faut. La haine de cette sorte n’est que le point culminant de ce racisme qui vit dans notre quotidien à travers des blagues, des propos anodins et une discrimination systémique. Plus que jamais il faut être intransigeant.e.s.

Cette honte commune nous honore, c’est bien vrai. Mais elle fait aussi partie du problème. Car cette image du québécois bon et accueillant a trop souvent été un prétexte pour taire les communautés qui, à juste titre, soulevaient le racisme vécu insidieusement dans notre ville. Cette croyance selon laquelle nous sommes des hôtes ouverts et amicaux est tellement forte qu’elle est devenue une forme d’aveuglement volontaire. Par cette conviction sur notre bonté, on a refusé d’entendre parler de nos problèmes, on a réduit au silence ceux et celles qui vivent chaque jour la discrimination, nous avons ignoré le fléau et en même temps, nous avons laissé seuls ceux et celles qui en sont victimes.

Et d’un autre côté, on a réduit au simple rang de « Fou » ou « d’imbéciles » les membres des groupes d’extrême droite qui se sont formés et qui ont commencé à agir. On a ignoré massivement et volontairement ces individus en se disant qu’ils ne faisaient pas partie de notre culture, que ce n’était pas « Nous ». On s’est dissociés, à juste titre peut-être, de ce phénomène violent. Sauf qu’en agissant de telle façon, nous avons refusé d’adresser le phénomène avec sérieux et encore une fois nous avons laissé seules les communautés qui vivaient à travers cette haine.
Être ouvert, c’est plus que d’écouter de la musique du monde à Radio-Canada. C’est prendre conscience que le racisme existe chez nous et qu’en tant que société nous lui avons permis de grandir. C’est accepter les critiques, c’est changer. Il faut arrêter d’être paternaliste. C’est aussi, et surtout, se taire afin que puissent parler les différentes communautés.

Aujourd’hui donc, le réveil fait mal, car on se rend compte que oui, le racisme est ici et vivant au Québec. Que nous ne sommes pas mieux que les États-Unis. Que nous sommes membres d’une culture raciste. Qu’au Québec le racisme est systématique et imprégné. Que nous sommes privilégié.e.s et loin d’être parfait.e.s. Il faut arrêter de dire que c’est incompréhensible, car c’est faux et c’est refuser de voir le problème en face.

Mais surtout, surtout, il faut se taire et avoir honte en silence. Il ne faut pas s’approprier la souffrance vécue par la communauté musulmane de Québec et en faire un autre débat de blancs. Il faut écouter.

Il y aura un rassemblement en mémoire des victimes ce soir et j’y serai avec mes confrères et consoeurs du STEP.
Je vous invite également à participer au prochain festival contre le racisme à Québec.

Samuel Dinel
Présidence du STEP